Oubliés les Smiley, sourires imprimés sur les tee-shirts fluo, symboles des
premières «acid house parties»: les tenues sont noires et les crânes rasés.
Thierry Mariani n'a rien inventé avec son amendement antirave. En 1993,
diabolisation et répression étaient déjà de mise en France. Ce qui a assuré
l'éclosion de la scène free, sauvage et gratuite.
10 juillet 1993. 18 000 ravers sont attendus près d'Amiens pour la soirée
Oz. Conçue par Laurent Garnier (DJ), Paulo Fernandes et Eric Napora
(fondateurs du premier magazine techno français Coda), Oz voulait être la
plus grande rave organisée en France. Parmi les Dj, les Spiral Tribe,
travellers britanniques emblèmes des free festivals en Angleterre,
découverts par l'underground français. Mais, la veille, l'événement
programmé et déclaré le plus officiellement du monde est interdit par arrêté
préfectoral pour «troubles à l'ordre public».
Le lendemain, pendant que quelques ravers manifestent leur mécontentement au
Trocadéro, les Spi rallient la campagne picarde pour le premier teknival
(mot nouveau pour désigner les festivals techno gratuits), avec à leurs
côtés d'autres sound-systems (1) comme Bedlam, UFO, et les Français Nomades
et Invaders. Il y avait déjà eu des raves gratuites ou très bon marché en
France, sur des lieux squattés y compris par les Spi. Mais là, dans ce
champ près de Beauvais, jamais les 600 participants n'avaient vécu une telle
explosion de décibels et de rythmes hardcore. La scène free française est
née.lol